La projection du film Une vie comme une autre au festival Ré-elles est l’occasion de s’interroger sur l’utilisation des archives familiales.
Le film débute par des archives familiales, des images que Faustine regarde depuis des années.
Son projet consiste à interroger ces images en déplaçant son regard. Ne plus se positionner comme la fille d’un père cinéaste mais comme une jeune femme réalisatrice qui souhaite elle aussi montrer la vie.
Cette mise à distance du passé s’apparente à la démarche d’Annie Ernaux qui, dans Les années Super 8 s’interrogeait sur ses films familiaux. Dans les deux cas, la caméra est tenue par l’homme. C’est lui qui décide de ce qui est filmé. Le consentement de sa femme est secondaire.
Lorsque le couple d’Annie Ernaux se sépare, le mari garde la caméra et la possibilité de faire des images. La femme conserve les films, la mémoire de la famille. La romancière La romancière mettra des mots sur les images pour dénoncer le comportement patriarcal du filmeur.

Dans Une vie comme une autre, Faustine Cros va aussi questionner le filmeur. Repoussé dans ses limites, son père arrêtera de tourner. C’est Faustine qui va hériter de la caméra ou, plus exactement, de l’envie de filmer.
Avec beaucoup de tact et de pudeur, Faustine va démontrer avec les mêmes moyens cinématographiques que son père que l’on peut montrer la vie avec respect. Elle requiert le consentement des filmé.es et prend en compte leurs réticences et leurs peurs devant la caméra.
Faustine Cros assume une manière de filmer moins dominante, plus féminine et plus moderne. Cette attitude l’amène à se confronter aux images passées. L’archive est représentative d’une époque mais son utilisation doit être analysée avec les codes actuels de notre vie, ce qui permettra d’en tirer des leçons pour l’avenir.
Voir aussi l’entretien avec Faustine CROS.