Un montage qui « retient l’œil sans le captiver et libère les pensées » (Harun FAROCKI).
Dans fidaï film1, Kamal ALJAFARI s’est servi de films archivés à Beyrouth et volés par l’Armée israélienne. Des images de la vie quotidienne des années 30 et d’attentats des années 70 se téléscopent. Des images que le cinéaste utilise brutes ou qu’il modifie en les raturant de rouge. « Moins travail d’archiviste que d’analyste, voire de saboteur. » (Cahiers du cinéma2)
Pour UNDR3, le travail de réemploi des images du passé de Kamal ALJAFARI s’apparente à celui d’Harun FAROCKI4. Comme lui, ALJAFARI considère l’archive non seulement comme un élément d’histoire mais comme un matériau que l’on peut tisser et rendre sensible et intelligible.

Expérience esthétique. Des plans d’origines variées, de factures différentes se rapprochent, se répondent et s’équilibrent. Des images aux couleurs franches de la vie d’une communauté palestinienne. Des enfants jouent à cache cache, des femmes, des hommes travaillent. Des paysages grandioses, une terre à partager.
« Il s’agit moins de raconter l’événement que de témoigner d’un il y a eu qui excède la pensée. » (J. RANCIERE)5
Expérience psychique. Pas de voix off qui prédétermine le regard. Au contraire, il s’agit de défaire les couches du regard. Le film instaure un espace-temps dans lequel on peut déambuler. Le spectateur n’est pas captif mais libre de réagir, de s’indigner, de se révolter.
« Extraire la vérité sous les dépôts, les sédiments des généralités, déshabituer les spectateurs devant ces images qui ne présentent que des faits ». B. BRECHT
Expérience sensible. Regarder les images, écouter les sons, se laisser guider par le montage où les plans semblent s’aimanter, se répéter. Un vertige créé par la caméra qui tourne autour des paysages. Une émotion que procure ces ruines, vestiges du passé. Le bruit d’un hélicoptère. L’ombre de l’hélicoptère. Des escaliers qui se fissurent. Des explosions…. Une harmonie détruite…

SOURCE : Harun Farocki : une hantologie du cinéma coordonné par Thomas Voltzenlogel UGA éditions
Voir aussi l’entretien avec Kamal ALJAFARI