Images de justice a commencé hier soir avec le film de Sylvie BAILLOT Green line en présence de la protagoniste et co-scénariste Fida BIZRI.
Fida était toute petite lorsque la guerre civile a éclaté au Liban. Adulte, elle revient sur les lieux de son enfance. Elle est accompagnée de Sylvie BAILLOT, réalisatrice. Ensemble, elles cherchent à rencontrer les protagonistes de cette guerre sanglante et fratricide. En animation ou avec des images d’archives, elles nous plongent dans le chaos de Beyrouth.

Comment reconstituer cette guerre? Comment interroger les protagonistes ? Les ennemis ?
Quel ennemi ? Fida BIZRI répond immédiatement à cette question. Quand elle était jeune au début de la guerre, elle n’avait pas d’ennemi. Elle n’avait que des gens qui la terrorisaient. Ces « terroristes » étaient multiples et issus de camps opposés. Il y avait la menace qui venait du ciel, les bombardements de l’armée israélienne. Il y avait les Chrétiens phalangistes qui étaient à l’est de la ligne de démarcation, de la ligne verte. Il y avait aussi à l’ouest où Fida résidait, les musulmans qui étaient censés défendre Fida et sa famille mais comment reconnaître un combattant armé, parfois cagoulé lorsqu’il vous menace avec son fusil. La peur est trop forte et le traumatisme indélébile.
Comment réagit « ce petit chaperon rouge » face aux loups qui l’encerclent ? Comme réagit une petite fille devenue adulte face à cette menace armée ? S’enfuir, impossible. Elle sera abattue sans sommation. Ne pas bouger, fixer le combattant, chercher son regard (combien de meurtriers n’ont jamais vu le visage de leurs victimes?) et essayer de rentrer par une petite faille dans son esprit.
Fida et Sylvie BAILLOT utilisent la même méthode 50 ans plus tard lorsqu’elles interrogent les hommes qui auraient pu être ce combattant menaçant. Les personnes interrogées ne sont quasiment que des hommes, exceptés deux femmes dont le comportement est totalement opposé : une milicienne particulièrement convaincue et déterminée et une secouriste qui malgré l’horreur a pu sauver quelques vies. Les deux co-scénaristes cherchent la faille dans ces anciens combattants, cette fêlure qui permette de retrouver l’Homme derrière le milicien. Qu’ils soient chrétiens, musulmans, israéliens, ces combattants sont des Hommes. L’uniforme, l’entraînement, l’endoctrinement, la défense à tout prix de sa communauté sont-ils capables d’annihiler toutes traces d’humanité ? La contrition, le pardon, la réconciliation sont-ils possibles ?
Les deux auteures en ont la conviction mais même aujourd’hui, le doute persiste chez ces combattant.es encore marqué.es ou aveuglé.es par leur engagement.
Si ce traumatisme est trop lourd pour les protagonistes, qu’ils soient bourreaux ou victimes, que faire pour éviter que cela se reproduise, ici ou ailleurs. Ici et ailleurs diraient Jean-Luc Godard.

Le cinéma peut-il être ce vecteur entre générations. Comment filmer pour expliquer aux jeunes ce qui s’est passé, cette histoire qui n’est pas racontée à l’école, pas même au Liban nous confirme une spectatrice pendant le débat. Le cinéma a des moyens pour montrer le passé. Sylvie Baillot fait le choix de reconstituer à l’aide de figurines et de maquettes les événements. Elle contextualise les faits, replace combattant .es et victimes sur les lieux exacts, ce « qui donne corps aux témoignages », nous précise Fida. La précision des lieux et des faits, le nombre de victimes par exemple permet de questionner les témoins, les pousser dans leur retranchement pour rechercher un semblant de vérité, même si chaque camp a sa vérité.
Les archives sont aussi là pour témoigner et illustrer. Photos, films documentent les massacres mais est-ce suffisant, n’est-ce pas qu’un feu de paille. Une image peut disparaître, être détournée, être détruite par celles et ceux qui refusent la recherche de vérité(s).
Fida BIZRI conclut son intervention en remerciant l’assistance pour sa présence et ses témoignages-questions. Le cinéma permet aussi cela la rencontre, l’échange, la possibilité de mieux comprendre et de nuancer son point de vue.
D’autres films, d’autres témoignages, d’autres Images de justice nous attendent pour savoir comment filmer l’autre.
Le film est disponible sur arte.tv et doit prochainement sortir en salles.