Comptoir du doc est partenaire du festival SARD pour la séance consacrée au cinéaste Kamal ALJAFARI. Deux films sont programmés : UNDR et PARADISO XXXI, 1081. A cette occasion, un entretien a été réalisé par courriel avec le réalisateur.
Kamal ALJAFARI est un cinéaste palestinien né en Israël qui vit en Allemagne. Comptoir du doc avait programmé dans le festival Images de justice A fidaï film qu’il a réalisé en 2024. Comme UNDR et PARADISO projetés lors de cette séance, ce sont des films de remontage d’archives. Nous avons donc orienté nos questions sur le film de réemploi et l’art du montage. Jean-Luc LEBRETON
1. Comment choisissez-vous les archives que vous retenez pour vos films en particulier UNDR et Fidaï film ? Quels éléments (esthétique, sensible, politique,…) dictent vos choix ?
Fidai Film a été réalisé à partir d’archives provenant de deux sources principales : d’une part, les images pillées par l’armée israélienne (qui constituent le point de départ du film) et, d’autre part, diverses archives israéliennes disponibles en ligne.
Lors de la réalisation du film, je suis tombé sur des prises de vue aériennes, principalement issues des services archéologiques israéliens. Cette découverte a donné naissance à UNDR.
Mon travail repose depuis un moment sur l’idée d’utiliser des images existantes et de créer un film en les détournant. Ce qui servait initialement à des fins de propagande, pour s’approprier le territoire et le pays, est ici retourné et réutilisé pour leur donner une autre signification. C’est ce que j’appelle « la caméra des dépossédés », qui signifie avoir perdu son pays, avoir tout perdu. Il ne reste alors plus qu’à collecter la moindre trace possible afin de raconter et de réaliser des films, comme forme d’expression des dépossédés.

2. Quelle dynamique mettez-vous en place au montage ?
Dans mes œuvres les plus récentes, le montage est l’étape de création essentielle. Le travail avec les archives et la gestion des contraintes matérielles m’ont amenée à explorer la répétition. La répétition des images sert à la fois à s’affranchir de toute appropriation et à dénoncer l’instrumentalisation de l’image par le système colonial israélien, mais aussi à créer un contresens. Elle suscite des interrogations et des réflexions, plutôt que d’apporter une réponse définitive.
3. Vous faîtes le choix de ne pas ajouter de voix off en prenant le risque de désorienter le spectateur qui connaît mal la géographie et l’histoire du Moyen-Orient. Pourquoi ce choix ?
Mon idée est de travailler avec les images. La voix off s’oppose aux idées de montage et d’interventions visuelles que j’évoquais plus haut. Pour moi, le cinéma et la création artistique consistent à exprimer des sentiments et des émotions plutôt qu’à transmettre des idées ou des informations. Je crois fermement qu’il ne s’agit pas de faire mieux comprendre un lieu ou une région, mais plutôt de se reconnecter à sa propre humanité. C’est pourquoi le travail avec l’abstraction est essentiel à ma pratique : il permet d’atteindre l’universalité.
Entretien réalisé avec l’aide de Flavia Mazzarino, productrice et Camille FERRERO, coordinatrice à Comptoir du doc.
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