Le festival Ré-elles a sélectionné le documentaire Wolobougou. Ce film est né de plusieurs années de compagnonnage entre la réalisatrice Camille Varenne et l’équipe de la clinique-maternité fondée par Honorine Soma au Burkina Faso en 2017. Wolobougou signifie « le lieu de la naissance bienveillante » en bambara. C’est aussi le nom qu’a choisi de donner la sage-femme à sa clinique qui permet d’accueillir et de donner des soins à des femmes éloignées des centres urbains.
Camile Varenne et le Burkina Faso : une œuvre au long cours
Camille Varenne développe depuis plus d’une décennie un travail documentaire à la croisée du cinéma, de la recherche artistique et des enjeux décoloniaux et féministes. Son lien avec le Burkina Faso remonte à 2015 quand elle tourne Wéfo avec des Guerriers traditionnels de Ouagadougou — trois mois d’immersion qui lui permettent de saisir le lien animiste tissé entre l’homme et l’animal.
En 2019, elle s’aventure plus loin avec Blakata, western-documentaire primé au Jury Jeune du festival Corsicadoc. Dans ce film, elle convoque l’imaginaire du genre pour filmer une réalité burkinabè qui a elle-même quelque chose d’épique. Sa formation à l’Institut Imagine à Ouagadougou témoigne d’un ancrage dans la culture burkinabè.
Wolobougou prolonge mais aussi renverse ce parcours. Après l’univers très masculin des cavaliers, la documentariste dit avoir ressenti le besoin de se rapprocher de l’espace des femmes, de leurs corps, de leurs récits et de leurs luttes quotidiennes.
Le cheval, comme un fil sensible, Wéfo, Blakata et Wolobougou
Dans Wéfo même s’il est honoré par des funérailles attestant l’attachement profond des guerriers à l’animal, le cheval est aussi dressé et maîtrisé pour mettre en évidence les prouesses viriles.

Dans Blakata, si une cavalière apparaît parmi un monde d’hommes, promesse d’autres femmes à venir, son isolement confirme pourtant son statut d’exception. Dans ce film, le cheval reste encore le symbole de la virilité.
Avec Wolobougou, le cheval s’émancipe et devient un personnage à part entière. Dans une très belle séquence nocturne tissée entre trois femmes — l’une prête à accoucher, l’autre berçant son enfant, la troisième en train d’accoucher —, sa présence évanescente et bienveillante semble veiller sur elles. Il n’est alors plus un faire-valoir de la masculinité. Plus tard, il devient un élément de cohésion pour l’équipe de sages-femmes qui participent à une sortie équestre. Elles affrontent leur peur ; leur parole se libère ; quelque chose se noue entre elles dans cette expérience collective.
Alors qu’on ne voyait que des cavaliers masculins dans Wéfo, les femmes montent à cheval dans Wolobougou pour « consolider leur audace » comme le dit Honorine dans le film. Dans un plan édifiant, elles apparaissent en ligne, fières, alors que les hommes sont à pied. Cette parade est accompagnée d’un sifflement évoquant la musique d’Ennio Morricone — légèrement recomposé, comme réapproprié : les femmes prennent en main leur destin, le territoire change de main.

Honorine Soma, une figure profondément politique
Au centre du film, il y a Honorine Soma — sage-femme militante, qui a choisi de construire une clinique-maternité à Farakoba, village de la périphérie de Bobo-Dioulasso, dans un pays qui compte l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde. Brique après brique, à partir de 2015, grâce à des dons privés et une conviction tenace, elle décide de donner aux femmes rurales un accès aux soins, mais aussi à la dignité et à la capacité de décider pour elles-mêmes.
Sa clinique est bien plus qu’un dispensaire. C’est un espace de parole et de transmission, où l’on parle de contraception parfois à l’insu des maris, où l’on forme des sages-femmes et où l’on organise des séances de théâtre. Honorine est aussi autrice : elle a écrit une pièce de théâtre dont le film s’inspire, laissant affleurer des séquences oniriques.
Un film co-construit, traversé de symboles
Wolobougou a été tourné avec une équipe réduite, pour ne pas perturber la vie de la clinique, dans un va-et-vient constant entre écriture, tournage et montage. Les sages-femmes elles-mêmes visionnaient régulièrement des versions du film, et leurs réactions nourrissaient l’écriture. Le film prend le temps de suivre leur travail quotidien.
Quand un homme entre dans le cadre, pour voir son nouveau-né sans vraiment regarder la mère. Ces quelques secondes suffisent à dire, tout le poids des traditions.
Le film s’ancre aussi dans la cosmogonie burkinabè : un clin d’œil à Thomas Sankara à travers Bawa Sanou, ancienne danseuse du ballet national sankariste ; et la figure de Yenenga, guerrière légendaire de la tradition équestre.
Wolobougou a reçu le Prix du meilleur film social et solidaire au festival Corsicadoc 2025. Depuis, il a été sélectionné à Traces de Vies à Clermont-Ferrand, a été en compétition nationale au FIPADOC 2026 à Biarritz, et en Panorama au Festival Films Femmes Afrique de Dakar. Il est diffusé sur Canal+ Afrique.

Wolobougou de Camille Varenne sera projeté,
en présence de la réalisatrice, le :
Dimanche 15 mars 2026 à 14h30 aux Champs Libres, Rennes
Entrée libre.
Anna Bichon
Sources
Wolobougou Press kit